Sa fontaine potabilise l’eau dans les campagnes du monde

Pour parler de son invention, Jean-Paul Augereau aime donner rendez-vous au bord de la Loire. Il remplit un seau d’eau verdâtre. Verse le contenu dans sa fontaine. « Allez-y, buvez l’eau qui en sort », met-il au défi. A chaque fois, les milliers de gamins à qui il a proposé l’expérience le regardent ébahis. L’eau en ressort potable ! « Cette fontaine Safe Water Cube fonctionne sans électricité ni produits chimiques. L’eau impropre est filtrée cinq fois, ce qui élimine les organismes pathogènes, et le traitement se fait grâce à une pompe manuelle », détaille l’inventeur.

Mais cette fontaine, si elle est fabriquée à Nantes, n’est pas vouée à rester ici. Elle transite jusque dans les campagnes des pays en développement. « 2,1 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable salubre à leur domicile. C’est 30 % de la population mondiale », explique-t-il. Surtout, « beaucoup meurent chaque année à cause de maladies liées à la consommation d’eau ».

« C’est ce qui m’a sauvé »

C’est d’ailleurs ce qui aurait pu lui arriver. Avant de se consacrer entièrement à ce projet, l’ingénieur en génie mécanique parcourait le monde et passait son temps dans les avions pour faire tourner ses trois entreprises dans l’impression et l’industrie du textile.

En 2002, lors d’un déplacement en Egypte, il se lave les dents avec l’eau du robinet. Sans crainte. « J’ai alors contracté une septicémie », raconte-t-il. Il est cloué sur un lit d’hôpital et doit sa survie à une greffe de valve aortique. Sa santé se détériore, son moral aussi. « Je ne tenais plus debout, je n’avais plus goût à rien », se souvient-il.

La convalescence prendra deux ans et demi. Petit à petit, l’eau devient son carburant. « J'ai pris conscience de nombreuses choses et il m’est apparu naturel de donner ce que j’avais reçu. » Il change alors radicalement de vie. Et conçoit pendant des années l’équipement simple et facile pour « donner à boire au monde ». La fontaine Safe Water cube émerge. Un fonds de dotation Safe Water Cube est créé, ainsi qu’une association Agir Ensemble, en août 2016. « Je suis tombé malade à cause de l’eau mais c’est ce qui m’a sauvé finalement », sourit Jean-Paul Augereau. Un retour aux sources, finalement.

Un fonctionnement rodé

Aujourd’hui, Jean-Paul Augereau déploie son invention à tour de bras dans les pays en développement. « Nous en avons installées 180 dans 14 pays – Mexique, Haïti, Bénin, Sénégal, Madagascar, Maroc, etc. Et bientôt, 60 partent au Cambodge et au Cameroun », poursuit-il. En décembre 2018, entre deux escales au Bénin puis à Madagascar, il ne se lassait pas de faire défiler les photos des gamins buvant de l’eau potable. « La fontaine produit 1 000 litres d'eau par heure. Ça permet à des milliers de personnes, chaque jour, de boire sans risques », calcule-t-il.

La potabilisation de l’eau, si elle évite les maladies, a aussi des vertus sociales. Elle permet aux gamins et aux femmes de se décharger d’une lourde tâche. Et elle limite l’exode rural.

«Les migrations des campagnes vers la ville vont s’accentuer à mesure que la population augmente, observe-t-il. Avec les fontaines, on veut permettre aux personnes de rester en milieu rural. »

5500 €

Pour que son système perdure, Jean-Paul Augereau a rodé son fonctionnement dans les villages et privilégie les installations dans les écoles. Toutes les familles paient 50 centimes par mois. «Les enfants rentrent alors à la maison avec les bidons. » Une fois qu’il a quitté les lieux, il confie la gestion de la fontaine « à deux à trois personnes. Sinon les gens ne l’utilisent pas où la pillent, observe-t-il. Et puis, il faut nettoyer le filtre de temps à autre ».

 

Lui peut repartir, l’esprit tranquille, vers d’autres territoires où la crise de l’eau est réelle.

Mathilde Leclerc

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©2018 by Escales au fil de l'eau.

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