Le Québec veut « réduire sa consommation d’eau potable de 20 % » d’ici 2025


Au Québec, où l’eau douce occupe 10 % du territoire, les habitants consomment cette denrée sans limite. Ils font partie des plus gros consommateurs d’eau potable au monde. Fuites de réseaux, mauvaises habitudes des consommateurs… le chef de division eau potable de la ville de Saint-Jean-sur-Richelieu montre que la situation est complexe. Les municipalités, engagées dans la Stratégie québécoise d’économie d’eau, tentent toutefois de réduire le gaspillage.

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Entretien

Eric Desbiens, chef de la division eau potable de la ville de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Depuis 2002, la ville de Saint-Jean-sur-Richelieu scrute les chiffres de la consommation de l’eau. Qu’observez-vous ?

En 2002, 820 litres d’eau étaient consommés chaque jour, par personne (consommations résidentielles et industrielles cumulées). L’usine sortait alors plus de 18,2 millions de m3 d’eau, soit 33 % de plus qu’aujourd’hui (12 millions). Nous savions que c’était très important. Il y avait forcément quelque chose qui ne marchait pas. [NDLR. En France, les habitants consommaient environ 200 litres d’eau par jour.]


Comment avez-vous réagi ?

Nous avons sorti le réseau de la terre ! En effet, l’unité de production d’eau et le réseau n’étaient pas gérés par le même département dans la ville. Chacun faisait son travail dans son coin. Il fallait fusionner les deux pour avoir une vision de l’eau de la rivière jusqu’au robinet.

Nous avons alors fait une recherche de fuites et nous avons trouvé beaucoup de saignées. Le débit de nuit était très élevé. Avec les réparations, engagées depuis, le débit de nuit de l’aqueduc de Saint-Jean est passé de 28 000 m3 en 2004 à 16 000 m3 en 2018. Dès qu’on répare les fuites, nous améliorons le score de l’eau distribuée :


Le gouvernement a mis en œuvre la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable depuis 2011. L’idée ? Aider les municipalités à réduire les fuites et donner des objectifs de consommation. Il faut pour cela mesurer la consommation résidentielle. Comment faites-vous ?

C’est le problème : il n’y a pas de compteur dans les résidences au Québec ! C’est donc difficile de savoir combien les habitants consomment. En moyenne, la consommation est de 418 litres d’eau par jour et par personne. Le gouvernement nous demande, dans le cadre de la Stratégie, d’installer un échantillonnage de 389 compteurs dans les maisons. Mais ça, les québécois n’aiment pas. Ils refusent, résistent, parce qu’au Québec l’eau ne coûte pas cher. A Saint-Jean, la taxe d’eau coûte 220 dollars canadiens par foyer. Cela fait 145 €, peu importe la consommation. C’est un tarif fixe.


Et pour les industries, commerces, entreprises ?

C’est différent. Ces derniers paient en fonction de leur consommation. A Saint-Jean, nous avons 500 compteurs dans les industries et les commerces. Nous avons multiplié le prix par trois en 20 ans.


Donc vos marges de manœuvre se concentrent sur les fuites et la facturation de l’eau auprès des commerces/industries ?

Oui. La consommation des commerces et industries représente 2 millions de m3, soit 20 % de la consommation totale. Quant aux fuites, nous ne voulons rien lâcher. Cela va nous permettre d’aller vers une utilisation encore plus efficiente de l’eau. Pour cela, j’utilise le « chiffrier ». J’ai montré au contremaître et aux équipes qu’en réparant une fuite, le débit de nuit diminue. Depuis, on est tous accros à ces chiffres ! Ils sont des bûches dans le poêle de la motivation. C’est une vraie drogue !

Etes-vous en dessous des seuils fixés par la Stratégie québécoise ?

Oui, avec les deux aqueducs de la ville, 16,9 % de l’eau produite est perdue (année 2017) à cause des fuites. Le gouvernement nous demande d’être en dessous de 20 %. Aussi, nous devons être à moins de 426 litres d’eau par personne par jour… et nous sommes à 418 litres. C’est une bonne nouvelle : la consommation dans notre ville de près de de 100 000 habitants diminue alors que la population ne cesse d’augmenter. En 2002, nous sortions de l’usine 49 000 m3 par jour et en 2018, 33 000 m3.




Avec ces réductions, limitez-vous l’eau sur les périodes plus chaudes et plus sèches ?

A vrai dire, nous avons suffisamment d’eau… donc nous n’avons plus besoin de prendre ces arrêtés. Nous savons qu’il y a des périodes de plus forte consommation et nous les anticipons. Ainsi samedi 8 juin, il a fait chaud, nous avons sorti 41 000 m3 d’eau sur l’aqueduc Saint-Jean. Les gens ont rempli les piscines, lavé les voitures, planté dans les jardins. C’était de la consommation plaisir.


Rien n’est fait pour réduire la consommation sur la période estivale ? Si, nous travaillons actuellement sur un règlement pour interdire l’utilisation des systèmes de réfrigération et de climatisation à eau. C’est une suggestion du gouvernement. Les commerces et industries vont alors devoir remplacer leurs installations. Nous savons que cela ne posera pas de problème pour les prochaines installations. En revanche, les commerces et industries déjà équipés vont devoir investir pour transformer leurs systèmes et cela ne sera pas simple… Les propriétaires de petits commerces ne peuvent pas tous verser 25 000 à 40 000 $ pour utiliser l’air à la place de l’eau. Montréal d’ailleurs vient de prendre le même règlement et a beaucoup de misère à l’appliquer.


Allez-vous les aider financièrement ?

C’est ce que je demande, sinon la réglementation sera trop brutale, mais rien n’est décidé pour le moment. Selon une étude que nous avons réalisée, il faut débourser 4 000 $ par système pour remplacer le condensateur à eau par un condensateur à air. Les commerces en ont trois ou quatre. Nous essayons, que ce soit pour les commerces ou la population, d’accompagner. Ainsi, nous subventionnons des remplacements de chasses d’eau à économie d’eau. Ou encore, nous organisons des ventes de kits de douche dans les bibliothèques.


La hausse du prix de l’eau n’est-elle pas le meilleur levier pour agir ?

Sûrement, mais à Saint-Jean, la ville devrait investir 20 millions de dollars pour équiper les 41 000 foyers de compteurs individuels. C’est énorme et les québécois n’en veulent pas. Ce n’est donc pas envisagé.


L'usine d'eau potable.

La stratégie demande une réduction de 20 % de l’eau distribuée au Québec d’ici 2025. Comment faire mieux ?

Nous avons mangé notre pain blanc : trouver et réparer les fuites c’était facile, mais on ne peut pas lâcher les efforts pour réduire la consommation ! Nous avons différentes mesures pour réduire notre consommation de 20 %. Déjà, la réglementation pour la climatisation et le refroidissement devrait nous permettre de faire des économies. Cela se fera à l’automne 2019.

En parallèle, nous avons une gestion continuelle de la pression. On est extrêmement en avance là-dessus. Sur la rive « Iberville », l’usine de filtration diminue la pression selon la demande dans la zone résidentielle depuis 2017 et les habitants ne s’en sont pas aperçus. Nous développons en ce moment la même chose dans le secteur de Saint-Jean afin de passer d’un réseau statique à un réseau intelligent. On va équiper nos réseaux d’un cerveau et de nerfs et ce sera vraiment une belle avancée.



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©2018 by Escales au fil de l'eau.

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