Depuis l’ouverture du pays en 2011, la consommation de bouteilles en plastique grimpe en flèche. Les traditionnelles jarres d’eau parsemées à chaque coin de rue continuent toutefois d’être plébiscitées par les habitants. A Rangoun, un mouvement veut utiliser cette tradition du partage de l’eau comme rempart à la pollution plastique.



Le soleil ne va pas tarder à se coucher sur Rangoun, capitale économique de la Birmanie (Myanmar). Khaing Lin fait le plein d’eau, une nouvelle fois, de la jarre en terre cuite posée au bord de la route, rue Pan Stann. "Nous avons bu quarante litres d’eau aujourd’hui”, rapporte-t-il.


Le “nous” l’inclut, avec six autres chauffeurs de vélo-taxi… et tous ceux qui souhaitent se désaltérer. C’est la tradition dans ce pays d’Asie du Sud-Est. N’importe qui peut venir étancher sa soif gratuitement en prenant un verre dans un des pots en terre cuite remplis pour la communauté par des moines, des vendeurs du marché, des habitants, etc. En campagne comme en ville, devant les restaurants, les commerces, les maisons ou au beau milieu de nulle part, l’eau potable se partage.



Et pourtant, si la tradition perdure, les bouteilles d’eau en plastique jonchent le sol et s’entassent dans les cours d’eau du pays. La Birmanie n’est pas épargnée par le fléau planétaire du plastique. Depuis la chute de la junte militaire en 2011, le boom économique permet à la Birmanie de se développer et de s’ouvrir au tourisme. Mais la consommation bondit et parallèlement, le ramassage, le recyclage des déchets ainsi que la réhabilitation des réseaux d’approvisionnement en eau ne semblent pas être une priorité du gouvernement en place.

Des stations de remplissage pour réduire la vente de bouteilles d'eau

Le mouvement Thant Myanmar a compris l’urgence d’agir sur les consciences pour limiter le plastique. Avec sa campagne “Refill not landfill” (dans l'idée de réutiliser et non de jeter), il lutte contre la pollution par le plastique en proposant des bouteilles réutilisables et rechargeables à différents endroits de Rangoun. Une carte, en ligne, permet de voir les endroits disponibles. Mais l’ambition du mouvement a vite été revu à la baisse. “En mars 2018, lorsque nous avons lancé la campagne initialement implantée au Cambodge, nous avons essayé de voir avec le gouvernement pour installer des stations de remplissage. Cela permettrait de réduire la vente de bouteilles d’eau partout”, explique Friedor, membre fondateur du mouvement à Rangoun. En vain.


Friedor veut réduire la vente de bouteilles d'eau plastique dans la ville de Yangon.

A l’échelle locale, le mouvement parvient malgré tout à avancer. De mars à décembre 2018, il installe une centaine de stations de remplissage. Sollicitée, la population de Rangoun se montre toutefois réticente. « Les gens nous ont dit que notre système ne servait à rien. Que le leur fonctionnait très bien », constate Friedor. Ils descendent dans la rue et boivent où ils veulent grâce aux jarres sans avoir besoin de marcher loin ou même de transporter l’eau. « En réalité, les Birmans ont construit une sorte de structure religieuse derrière les donations d’eau. Ils ne voient donc pas l’intérêt aux stations de remplissage », poursuit Friedor. Pour remplir les jarres, la population achète souvent des bidons consignés de 20 litres entre 500 et 600 kyats (30 à 34 centimes d'euros). L’eau est ensuite versée dans les pots.


A Yangon, les bidons de 20 litres sont consignés et donc ramassés chaque jour.

Inciter les touristes à prendre part à la tradition

Thant Myanmar s’est alors concentré sur les établissements de moyen et haut standing accueillants des touristes (hôtels, entre autres) pour qu’ils aient leur station de remplissage. Et qu’ils cessent, en contrepartie, d’offrir des bouteilles en plastique aux clients. « Là encore, ils ne voient pas l’intérêt du recyclable. D’autant que ces établissements vendent souvent, en parallèle, des bouteilles à 1 000 kyats », estime-t-il. Un manque à gagner à leurs yeux.


C’est là où la tradition – pas toujours connue des touristes – pourrait entrer en jeu. Et devenir un rempart au plastique. « Nous sortons à la fin du mois de janvier 2019 une nouvelle bouteille avec un logo représentant la jarre d’eau traditionnelle du pays. Cela permet d’inciter les touristes à prendre part à la tradition. On met un nom sur celle-ci », explique le responsable de Thant Myanmar. Lui et une dizaine de bénévoles jouent leur ultime carte. Et tirent un constat d’échec, un an après le lancement de la campagne « Refill not landfill ». « Ca ne marche pas », souffle Friedor. Ce qui fonctionne ailleurs en Asie ne prend pas de la même façon en Birmanie, lancée au galop pour rattraper son retard économique sur les autres pays. Et pas forcément prête à se soucier des questions liées à la pollution.


A des dizaines de kilomètres du lac Inle, au Myanmar, les femmes gagnent environ 2500 kyats par jour.

Quant aux campagnes, le faible pouvoir d’achat et l’impossibilité pour certains habitants d’acheter de l’eau en bouteille laissent au système des jarres d’eau une longueur d’avance sur le plastique. “Les femmes qui ramassent le gingembre au champ dans notre région gagnent environ 2 500 kyats (1,44 €) pour huit heures de travail par jour. Une bouteille d’un litre d’eau, c’est 500 kyats ici (30 ctm) ”, explique Zowzow, jeune homme de 24 ans installé dans le village isolé de Nantaing (près du lac Inle). L’eau provient alors d’une source de montagne. Guide et fermier, il reconnaît que « si les habitants sont habitués à boire cette eau dans les jarres… les touristes achètent des bouteilles en plastique. »


Mathilde Leclerc et Alain Brunelière.


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